En l’espace d’une décennie, les Émirats arabes unis se sont imposés comme l’un des acteurs les plus influents du continent africain. Avec plus de 110 milliards de dollars investis entre 2019 et 2023, Abou Dhabi et Dubaï se classent au quatrième rang mondial des investisseurs en Afrique, derrière les États-Unis, la Chine et l’Union européenne. Les engagements annoncés depuis 2017 atteignent même 168 milliards de dollars, couvrant les ports, les mines, l’énergie et l’agriculture.
La stratégie émiratie repose avant tout sur la maîtrise des infrastructures logistiques. DP World et AD Ports Group opèrent ou développent des terminaux dans plus de 13 pays africains. Au Sénégal, DP World exploite le terminal à conteneurs de Dakar depuis 2008 et a célébré en avril 2026 son 10 millionième conteneur traité. Au Cameroun, AD Ports Group a rejoint une concession de 30 ans pour construire et exploiter un terminal à vrac sec au port de Douala, avec un investissement d’environ 73,4 millions d’euros pour la première phase. À Dar es Salaam, en Tanzanie, DP World investit 1 milliard de dollars pour moderniser le port.
Cette présence portuaire n’est pas anodine : elle permet aux Émirats de contrôler les routes commerciales qui relient l’Afrique à l’Asie et à l’Europe, tout en sécurisant leurs propres approvisionnements.
Le secteur énergétique absorbe à lui seul plus de 70 milliards de dollars d’investissements émiratis. L’initiative « Africa Green Investment Initiative » mobilise 4,5 milliards de dollars pour plus de 60 projets solaires, éoliens, géothermiques et d’hydrogène vert. Le programme « Etihad 7 » vise à électrifier 100 millions de personnes d’ici 2035.
Dans les mines, le groupe International Resources Holding (IRH) a acquis en 2024 une participation de 51 % dans Mopani Copper Mines en Zambie pour 1,1 milliard de dollars. En République démocratique du Congo, IRH est lié à des projets de cuivre et de cobalt dans la province du Lualaba, après avoir acquis 56 % d’Alphamin Resources pour 367 millions de dollars en 2025.
Avec 80 % de ses besoins alimentaires importés, les Émirats font de l’agriculture africaine une priorité stratégique. Des acquisitions foncières et des partenariats agricoles se multiplient, notamment dans la vallée du fleuve Sénégal en Mauritanie, où des terres irrigables sont orientées vers la production destinée à l’exportation vers le Golfe..
L’influence émiratie ne se limite pas aux investissements. Les Émirats ont signé 9 accords de partenariat économique global (CEPA) avec des pays africains, dont le Nigeria, la RDC, le Kenya et l’Angola. Ils sont également présents dans le secteur financier, avec l’acquisition de 57,72 % de Gulf African Bank au Kenya par le dubaïote Soren Investment.
Cette expansion s’accompagne d’une dimension sécuritaire. Selon le Financial Times, les Émirats sont impliqués dans le secteur de la sécurité dans 8 des 12 pays étudiés en Afrique de l’Est, avec des bases militaires à Djibouti et en Érythrée notamment
Pour les gouvernements africains, les capitaux émiratis représentent une alternative aux financements traditionnels, souvent conditionnés. Mais la question centrale reste la même : ces investissements laisseront-ils aux pays africains des infrastructures, des capacités de transformation locale et des emplois durables, ou ne feront-ils qu’accélérer l’exportation de matières premières brutes ? La réponse dépendra de la capacité des États africains à négocier des termes qui incluent la transformation locale, la formation et le transfert de compétences.
