Face aux défis climatiques et à l’insécurité alimentaire, le Burkina Faso a développé une approche innovante d’aménagement des bas-fonds fondée sur la mobilisation citoyenne. L’initiative « Tin Taan Soani », qui signifie en gulmancema « Aménageons ensemble », place les communautés rurales au cœur de la production agricole et de la sécurisation alimentaire du pays.
Cette méthode participative repose sur une collaboration étroite entre les techniciens agricoles, les ingénieurs-conseils et les producteurs locaux. L’objectif est de créer une synergie où chaque acteur apporte son expertise : les techniciens fournissent un appui-conseil, les ingénieurs assurent le suivi technique, et les populations réalisent les travaux eux-mêmes. Cette approche permet de réduire considérablement les coûts et les délais d’aménagement, tout en renforçant l’appropriation des infrastructures par les communautés bénéficiaires.
Les résultats sont déjà tangibles. À Yibi, dans la province du Passoré, 33 hectares ont été aménagés selon cette démarche, avec 450 parcelles individuelles destinées à la riziculture. La production attendue est estimée à 132 tonnes de riz, et 251 producteurs sont mobilisés, dont 90 % de femmes. Ces femmes, regroupées au sein de la coopérative SCOOPS Touissida, illustrent le rôle central des communautés rurales dans la stratégie nationale de souveraineté alimentaire.
Dans le Nazinon, à Zaptinga, un bas-fond de 30 hectares est également en cours d’aménagement grâce à la même approche. Le ministre d’État en charge de l’Agriculture, le commandant Ismaël Sombié, a salué la mobilisation des habitants qui utilisent des techniques de conservation des eaux et des sols, telles que la pose de moellons et la construction de diguettes, pour maîtriser la circulation de l’eau en saison des pluies.
Le gouvernement burkinabè, à travers le Programme RESI-2P, apporte un appui technique, du matériel et un suivi des travaux. La Direction générale des Aménagements agro-pastoraux et du Développement de l’Irrigation (DGADI) a également outillé les agents de terrain sur l’approche « Tin Taan Soani » pour garantir une gestion durable et performante des infrastructures hydroagricoles.
L’objectif national est ambitieux : aménager 10 000 hectares de bas-fonds selon cette approche communautaire. En privilégiant la participation active des populations et la solidarité, le Burkina Faso démontre que la souveraineté alimentaire se construit d’abord par l’engagement citoyen et la valorisation des ressources locales.
Amen K.
